SHIRASAGI-DOJO   
KARATE-DO



Remonter
Articles
Calendrier
Contact
Débutants
Examens
Horaires
Liens
Photos / Vidéos

 

 

 

L’ouverture d’esprit (juin 2011)

Pour l’Homme, il existe des choses qui sont justes et d’autres qui sont fausses, il existe de bonnes choses et des mauvaises choses, des petites et des grandes etc.

L’Homme se doit toujours de classer, ranger, qualifier tous ce qui et ceux qui l’entourent. Il doit pouvoir en avoir une définition précise, sans quoi il est inquiet. L’Homme est allé jusqu’à mesurer le temps…

Lorsque l’on débute la pratique du karaté, on apprend certaines postions données, certains bloques et autres esquives, certains coups de poings et pieds, et des katas bien définis. Dans ce domaine comme dans tous les autres, on se sent obligé de poser un cadre strict ou chaque chose à sa place et est bien rangée. Cela est propre à notre fonctionnement au point que cela nous paraît normal.

La question qui se pose n’est pas de savoir si ces règles, quelles qu’elles soient d’ailleurs, sont fondées ou non. La question est de savoir qu’en fait-on car elles sont.

Les règles doivent permettre de grandir, de s’épanouir. Il faut aller au-delà en les considérant pour ce qu’elles peuvent nous apporter, et non pas seulement pour le cadre qu’elles nous imposent. Sans quoi, ce sera la chute au lieu de l’envol.

Bien entendu, on apprend d’abord les règles et ensuite seulement on peut jouer.

Une fois les règles apprises, le karaté doit être pratiqué non pas seulement sur un plan externe (li) dans une pure et stricte application des règles fidèlement apprises, mais également sur un plan interne (chi).

Le raisonnable intervient sur le li (énergie externe ou musculature), le développement des sensations sur le chi (énergie interne).

Le développement des sensations se fait par la détente, c'est-à-dire l’exact contraire de la force.

Chi et li ne sont en fait que deux aspects extrêmes d’une même réalité qui ne forme en fait qu’un seul et même tout  qui compose l’homme mais également tout le reste.

Travailler l’un sans l’autre revient à ne travailler qu’à moitié. Le li se travaille, le chi s’habite.

La réunion de li et chi amène à l’ouverture d’esprit qui abolit toutes formes de qualifications réductrices de la réalité. Le karaté peut aussi amener cela.

Nicolas


 Shoshin : l'esprit du débutant (janvier  2011)

 Les spiritualités et philosophies orientales telles que le bouddhisme et le shintoïsme ont largement influencé les arts martiaux japonais. Shoshin, l'esprit du débutant est une notion inspirée par le bouddhisme zen. Pour en donner une définition complète, arrêtons-nous d'abord sur son étymologie japonaise shoshin 初心 qu'il est d'ailleurs intéressant de rapprocher avec l'étymologie de karate-do 空手道.

 Le kanji Sho signifie début. Shin signifie esprit ou cœur. Ce deuxième sens est important et nous verrons pourquoi dans quelques instants. Pour le mot Karate-do, le kanji Kara , signifie vide et plus particulièrement vacuité, au sens bouddhique du terme. Te est la technique soit par extension la main avec laquelle on la réalise. Do 道 signifie la voie, donc littéralement la voie de la main vide ou encore la voie que l'on réalise avec un esprit sans attache, sans préjugé, avec un esprit neuf, l'esprit du débutant.

L'esprit du débutant est d'abord l'état d'esprit de celui qui commence une nouvelle discipline, de celui qui s'engage dans une nouvelle Voie et pour lequel tout est neuf. Cet esprit frais, réceptif et ouvert aura pour la suite de la pratique une grande importance sur la façon de progresser. Cette notion est d'ailleurs une valeur courante dans la société japonaise ou l'on s'exhorte mutuellement à conserver l'esprit du débutant c'est-à-dire à conserver un esprit frais et à multiplier ses efforts dans la pratique de son activité. L'esprit du débutant incite aussi à un certain altruisme puisqu'il s'agit d'avoir la capacité à changer ses idées préconçues, à apprendre des autres et donc à avoir la capacité à faire confiance lorsque l'on suit les anciens.

 Mais doit-on pour autant opposer l'esprit du débutant à l'esprit de l'avancé? 

 On peut devenir avancé et garder son esprit de débutant ou au contraire on peut être débutant sans jamais parvenir à se détacher de ses préjugés. L'esprit du débutant n'est et ne doit pas être limité dans le temps car plus on approfondit et plus on devrait être en mesure de garder cet esprit.  La clé de notre pratique est la répétition, si on perd l'esprit du débutant, cette répétition deviendra mécanique et perdra sa substance. Garder l'esprit du débutant c'est pouvoir répéter indéfiniment l'exemple des anciens avec la même fraîcheur. C'est indispensable a la progression. Pourtant nombreux sont les obstacles.

 La première des difficultés qui s'oppose à Shoshin est l'avidité. Quand on commence la pratique on attend des résultats tangibles et tout de suite. Si ces résultats tardent à venir, la déception et la lassitude emboîteront le pas a l'abandon. Autre moment critique : lorsque l'enthousiasme du début retombe et que l'on s'installe dans une pratique confortable. C'est la que survient le risque de stagner.

 Pour lutter contre ces difficultés, il est donc important de se rappeler l'état d'esprit dans lequel on a commencé la pratique et les raisons qui nous y ont poussées. L'esprit du débutant permet de préserver la liberté d'apprendre des autres avec une attention aiguisée, de lutter contre nos préjugés et notre orgueil et de développer depuis le dojo une attitude positive dans la vie quotidienne. Shigetsuke Taira (1639-1730) écrit dans Budō shōshin shū (Introduction à la voie des Samurais) :

« Je n'ai pas de principes, je fais de mon adaptation en toutes circonstances mon principe (…), je n'ai pas de talent, je fais de mon esprit prêt à réagir mon talent (…), je n'ai pas d'armure, je fais de ma bienveillance mon armure ». Rappelons-nous aussi des préceptes de Sensei Funakoshi (Les 20 principes directeurs du Karate-Do, Le legs spirituel du Maître) : « Le karaté est la quête d'une vie entière (9), pareil à l'eau en ébullition, il perd son ardeur s'il n'est pas entretenu par une flamme (11), vous qui arpentez la voie, ne laissez jamais votre esprit s'égarer, soyez assidu et habile (20).

Terminons cet exposé sur Shoshi l'esprit du débutant par une koan célèbre qui devrait nous laisser pensif jusqu'au prochain entraînement : « un Sensei reçoit un jour la visite d'un homme qui déclare vouloir étudier avec lui. Le maître l'invite à boire le thé pendant que le visiteur lui expose son passé, ses découvertes, ses réflexions, son expérience. Le maître écoute patiemment et recommence à lui verser du thé dans sa tasse déjà pleine. Celle-ci finit par déborder, le thé coulant tout autour. L'élève s'écrie alors : que faites-vous, ma tasse est déjà pleine. Et le maître lui répond : comment voulez-vous qu'un enseignement pénètre votre esprit alors qu'il est déjà plein comme cette tasse ? »

 Sébastien


Travailler un Kata : (Juillet 2010)

Pourquoi j’écris cet article :

 Comme je ne partage pas mes expériences d’art martial avec d’autres karatekas (à part Bernard que je rencontre de temps à autre) et que maintenant je suis convaincu que toutes les expériences de chacun (bonnes ou mauvaises) peuvent profiter à autrui, je profite de ce site pour transmettre une partie de ce que j’ai reçu (on dit : donner pour recevoir !, moi j’ai reçu et aujourd’hui je donne le peu que je sais à qui veut l’entendre).

 De temps en temps, il est bon de faire le point sur son passé et le présent. Faire le bilan et écrire son « état » permet de :

·  Figer, ou ne pas oublier (pour ainsi permettre de maximiser le profil et la progression dans le futur).

·    Rechercher tout ce qu’on a en soi (parfois sans le savoir) et de le ressortir pour le faire apparaître (à ses propres yeux).

·   Mieux se rendre compte de son évolution (ou régression) à postériori (donc je prévois ici mon bilan « à postériori » futur).

  

Mon histoire ou plutôt l’analyse et la synthèse de celle-ci :

 Lorsque je faisais partie d’un dojo (l’Académie des Arts Martiaux Neuchâtel, le Shirasagi dojo Colombier, le karaté club Düdigen, puis le Saïgokan karate club Bulle (S.K.A.)), mon entraînement était varié (technique seul, à 2 ou 3, combat et kata), je percevais seulement le kata comme un moyen de travailler des techniques et des enchaînements seul, mais mon axe de travail préféré était le randori et le combat. Depuis quelques années, mes quasis uniques entraînements se font seul et je travaille principalement les katas. Pendant longtemps, j’ai uniquement mis l’accent sur le rythme, la vitesse, le regard, la respiration et le kimé.

Depuis 2,5 ans, j’ai ouvert mon esprit et tenter d’approfondir ou d’élargir mon éventail (aller savoir pourquoi). Toujours est-il que ma quête m’a fait chercher de part et d’autre, et je peux dire que mon regard envers le kata est aujourd’hui tout autre, j’y ai découvert un univers car (comprend pas pk mettre ce mot) sans fin (à chaque fois que je me suis dit : -quand j’arriverai à maîtriser ceci, à être comme cela, j’y serai ! Une fois cet « état » désiré atteint, une autre idée s’est profilée à l’horizon pour ne pas en dire 2 ou 3 nouvelles) Ce qui augmente de jour en jour les possibilités de travail.

 J’estime que le niveau de mes connaissances et compétences viennent :

  • des Sensei dont j’ai eu le privilège de suivre les entraînements (dans l’ordre : Luigi Carniel, Philippe Stéfanie et Bernard Monzione, Pavao Piacun, Georges Noverraz et Francis Wolf),
  • de ceux que j’ai rencontrés ponctuellement lors de stage(s) (Pascal.Plee, Roland Habersetzer),
  • de ceux dont j’ai visionné des films sur Youtube (en particulier Hirokazu Kanasawa)
  • de la littérature qui m’a aussi été indispensable.
  • De mon parcours personnel et mon tempérament y sont également pour quelque chose puisqu’il s’agit du moteur et de l’esprit.

Toujours est-il que chacun m’a laissé une partie de son héritage (ils se distinguent tous les uns des autres tant au niveau de leur personnalité, qu’au niveau de leur style ou orientation d’art martial ce qui a mon sens augmente la richesse).

Je voudrais juste mettre en lumière par ces quelques lignes :

·    la richesse par la diversité !

·    il faut beaucoup de cours d’eau pour former un fleuve !

 

Les phases de travail sur un kata :

  1. la découverte
  2. l’approfondissement
  3. l’intégration

  

La découverte (ou l’apprentissage) :

 Au dojo :

Le sensei montre technique après technique, morceau après morceau les positions, les déplacements et les techniques que l’élève exécute en copiant le sensei et en suivant toutes ses indications.

Le sensei regarde l’élève et le corrige.

L’élève apprend petit à petit l’ensemble du kata au niveau des positions, de la vitesse, du kimé, du regard, du kiaï, des enchaînements sous le regard du sensei.

Pour mieux visualiser ou comprendre les techniques, le sensei peut montrer le bunkai de certaines parties.

 En autodidacte :

Pour commencer, il s’agit de trouver une littérature avec images, schémas et descriptions détaillés (comme la vitesse de la technique et des enchaînements, le kimé, le regard, la respiration (celle de R.Habersetzer me plaît)). Il s’agit aussi d’avoir un film afin de mieux percevoir les enchaînements (j’ai trouvé mon bonheur avec ceux H.Kanasawa en particulier (sur Youtube)).

Avec les « planches », il s’agit de mémoriser les dessins mentalement afin de se faire une idée du schéma, des postures, des déplacements, des enchaînements et après, de copier les images en pratiquant (revenir sur la mémorisation et retourner à la pratique, ceci 2 à 3 fois jusqu’à ce que la base soit su). Ensuite, il faut lire et mémoriser le descriptif pour se rendre mieux compte et pouvoir se corriger, c’est là qu’est ajouté la notion de regard, vitesse et kimé (pratiquer, re-mémoriser et re-pratiquer jusqu’à satisfaction). Au moment opportun, le film vu sous plusieurs angles complète certaines parties obscures pour le « copiage » du kata. Les phases de mémorisation se font « hors entraînement » (ex : pendant les transports comme le train, le bus ou à pied(s)). Les phases de pratique se font avec les images en main.

Ce qui manque le plus, c’est la vue de l’extérieur, afin de se faire corriger. Alors, prendre le temps et se regarder ou (re)sentir est un moyen. Pour mieux assurer le copiage du kata, on peut se filmer et mieux voir ainsi les détails à améliorer.

En autodidacte, j’estime à environ 10 fois le temps pour apprendre un kata.

 

L’approfondissement :

La pratique intensive dans un court délai et suffisamment longtemps permet de ne pas oublier certains détails et de vraiment garder le kata en tête et en corps.

Maintenant que la maîtrise de la base est acquise, on se rend compte qu’une foule de détails nous manque, on sent aussi le besoin de travailler certains passages « faibles ».

Au dojo :

Fraîchement appris, il est important de le travailler sous le regard attentif du sensei, car c’est aussi à ce moment là que des dérives peuvent s’installer.

En autodidacte :

On pense ne plus avoir besoin de l’ouvrage de référence, ni de re-visionner le film, mais si on ne se remet pas en cause, c’est là qu’une dérive pourrait arriver.

 

Il est important de faire le kata juste, mais comme

·      tout ne peut pas s’apprendre en même temps,

·      avoir une attention particulière sur tout en même temps n’est pas possible,

Alors, pour s’entraîner, pratiquer le kata sous des angles différents avec un accent différent pour chaque angle est une manière d’avancer et de tenter de trouver le kata juste.

 

Très lentement en décontraction :

Mots d’ordre : Technique propre, mouvements accentués (ou profond) et centre de gravité.

·    Bien se concentrer sur toutes les parties du corps ou les « points de forces », la respiration profonde, sans kimé, les techniques amples, les positions basses avec équilibre afin de toujours se centrer sur son hara (y compris lors des déplacements).

 

Très lentement avec kimé progressif :

Mots d’ordre : Idem ci-dessus et kimé progressif.

·  Comme en décontraction, mais en ajoutant le kimé en progression lente et toujours centré sur son hara.

·  Lentement à l’extrême afin d’entraîner une respiration et un kimé lent et profond (sentir la contraction partant du hara et progresser jusqu’aux bouts des orteils et des mains simultanément, se visser au sol).

 

Rapide et complètement détendu :

Mots d’ordre : Equilibre, respiration (expiration et inspiration), coordination, décontraction.

·   Faire chaque technique le plus rapidement possible tout en restant juste et en gardant son centre de gravité au hara.

·    Comme précédemment, en position d’abord hautes, ensuite basses et toujours détendu, avec la respiration contrôlée (sans s’essouffler).

·    Faire le kata extrêmement rapidement du début à la fin presque sans « pause », avec une respiration rapide et juste.

·     Faire le kata très rapide en ajoutant le kimé tout en gardant l’équilibre.

 

D’autres variantes d’entraînement :

  • Mettre l’accent sur la coordination ou la simultanéité de chaque déplacement et chaque attaque ou défense.
  • Mettre l’accent sur la détente et la brièveté du kimé.
  • Limiter le nombre d’inspirations et d’expirations tout en gardant une bonne respiration.
  • Réduire ou supprimer tous mouvements superflus, en restant simple et direct, en allant droit au but.
  • Démarrer chaque action par une impulsion du hara (avant le reste).
  • Mettre l’accent sur la stabilité en se « vissant » au sol (pieds lourds ou ne plus les sentir).
  • Faire le kata à l’envers (en miroir latéral) et enchaîner le kata à l’endroit et à l’envers.
  • Varier l’environnement (ex : pieds nus ou chaussés, par temps froid, chaud, humide ou sec, sur sol plat, irrégulier, gelé, gravier, béton ou dans des hautes herbes).
  • Varier les périodes (ex : matin, midi, fin d’après-midi, soir, nuit).
  • Faire le kata uniquement mentalement (ex : le soir avant de s’endormir, durant les transports ou durant une autre activité comme un entraînement physique, en conduisant une voiture (heu !!!)  ou en arrosant le jardin).
  • Faire le même kata 20 fois de suite sans s’endormir, en le recréant à chaque fois.

 

Variantes du kata :

Le sensei nous a montré son kata, il a corrigé l’élève selon ce qu’il pense ou ce qu’il sait.

Mais il y a plusieurs alternatives selon les avis des différents sensei ou plutôt leur racine.

Le sensei a peut-être aussi montré « son » kata avec des divergences propres à lui, sans pouvoir enseigner les différences.

Le moment est venu de voir ce que les autres sensei font. Un bon moyen est de visionner sur internet la vidéo de différents sensei afin de se faire une idée (il y a des vidéos de démonstration et celles d’enseignement).

Comment savoir ce qui est juste (copier son sensei, le livre de référence, le film vu sur internet, autre ?).

 

Bunkai :

Il existe 2 alternatives pour aborder le bunkai :

  • la 1ère étant de recevoir le bunkai du sensei (il existe aussi de nombreux film sur internet à ce sujet).
  • La 2ème est de chercher soi-même (ce qui a mon sens est plus profitable et donc devrait être le seul moyen à utiliser).

 

Etat d’esprit de recherche d’un bunkai :

Un kata a été créé par un karatéka qui avec ses propres « caractéristiques », a vécu, imaginé ou senti à un moment donné quelques choses d’extraordinaire à tel point qu’il a figé ceci pour devenir le kata que l’on tente de saisir aujourd’hui.

L’idéal étant de faire le « même » kata avec le même esprit en tout temps et donc de trouver le même bunkai, celui qui colle à l’original.

Pour trouver ceci, il s’agit de « varier » afin de « découvrir ».

 

Il se peut qu’entre sa propre invention du bunkai et le kata (posture, déplacement, attaque ou défense, vitesse, kimé, regard), des différences s’installent.

Une question à se poser est :

Est-ce une partie cachée de l’inventeur du kata ou une divergence de soi-même ?

Peu importe, tant qu’on avance en gardant le kata original à l’esprit et en corps.

 

Idées pour la recherche d’un bunkai :

·    Faire ce qui arrive dans la tête sans rétention.

·    Garder l’esprit vide

·    Varier l’atmosphère et l’environnement.

·    Prendre le temps (ne pas être pressé). Si rien ne vient à l’esprit, ne pas s’entêter et poursuivre depuis une autre partie du kata (revenir un peu plus tard (un jour, une semaine ou un an après)).

·    Visualiser bien nettement un adversaire après l’autre, puis tous en tout temps du début à la fin et se poser la question de la cohérence.

·    Varier le profil type des adversaires (petit ou grand, mince ou gros, freluquet ou baraqué, rapide ou lent).

·    Penser aux genres de techniques (luxation, immobilisation, projection, esquive, feinte, frappe aux points d’atémi, avec aide d’arme (ex : le « bo »)).

·     Penser à la façon d’agir ou de réagir (sen non sen ou go no sen)

·     Changer la vitesse et la force d’une technique.

·    Ajouter ou changer des déplacements afin d’ajuster les distances et positions par rapport aux adversaires

·     Changer l’état d’esprit d’une technique.

·     Garder les mêmes actions des adversaires et en changeant le « kata ».

Très vite on se rend compte qu’un bunkai est adapté à son propre état d’esprit du moment (niveau technique ou morphologie des adversaires et réaction face à eux). Pendant plusieurs semaines j’ai eu de la peine à trouver une cohérence aux suites d’enchaînements, car mon état d’esprit amenait à une destruction ou anéantissement immédiate des adversaires (dés le 1er coup).

A cette période, en dehors du karaté, mon état d’esprit était très fort, Je faisais tout pour ne rien laisser dernière moi (tout était régler très vite et du 1er coup) et ainsi, le karatéka n’arrivait pas à obliger son esprit vaincre en plus d’une technique afin que la suite ne devienne pas superflus.

A partir de là, nous pouvons vraiment penser à ce que l’on fait en pratiquant le kata avec une solution de bunkai en tête et en corps afin de le vivre pleinement!

Il est intéressant de se remettre en question de temps en temps, car le bunkai évolue et idéalement, il ne devrait pas être préparé, mais plutôt être vécu et réinventé à chaque fois.

 

L’étymologie ou l’esprit du kata :

Chaque kata a un nom japonais et heureusement, la littérature nous donne la traduction en français. Je n’y ai longtemps pas pris garde bien que l’ayant appris.

Un jour, non satisfait de mon application d’Enpi  (vol de l’hirondelle), j’ai fermé les yeux et me suis mis à penser être une hirondelle avec de petites ailes, volant rapidement et de manière saccadée. J’ai démarré Enpi avec les yeux mi-clos pour tenter de garder l’hirondelle en tête et en corps. Ce kata m’a semblé parfait au niveau des sensations, du rythme, de la contraction / décontraction.

J’ai tenté d’en faire de même avec d’autres katas d’oiseau comme :

Gangaku (le héron sur le roché) avec de longues ailes et pattes transformées en sabres.

Gojushiho (le pic vert) petit, léger, rapide avec son bec qui pique.

L’étymologie du kata aide à le comprendre, à s’adapter à lui (ne pas traverser la grande forteresse avec l’esprit et le caractère d’une petite hirondelle).

Il reste à apprendre, comprendre et s’imprégner de la signification originale de chaque kata (à première vue, les katas d’oiseaux devraient être plus faciles que « la main vide »).

 

L’intégration :

J’imagine que lorsqu’on commence à percevoir ou sentir ce qui est écrit ci-dessous, je peux m’imaginer que l’on pourrait considérer le kata comme intégré.

·    Sensation de bien-être dans son corps et son hara (aussi la non-sensation).

·   Sensation d’éveil ou de contrôle de soi et de l’environnement, le dynamisme passif.

·    Sensation que le temps s’arrête (et pourtant l’horloge tourne toujours).

·  Sensation de vitalité (même après un long travail, moins « fatigué » après qu’avant).

·    Salivation excessive.

·    Harmonisation ou arrondissement des mouvements (mêmes rectilignes).

·    Passage de la fluidité à la contraction extrême, de la vitesse à l’arrêt net.

·    Passage de la légèreté à l’enracinement.

·   Passage d’un mouvement sous tension (uniquement psychique) à l’explosivité en finissant par une contraction total.

·    Visualisation des adversaires au point où le kata pourrait se transformer en vrai  combat.

 

10 éléments d’un kata selon Masatoshi Nakayama :

 

  • attitude de l’esprit dans la préparation 1)
  • actif et passif
  • vitesse d’un mouvement 2)
  • façon d’utiliser la force 3)
  • respiration 4)
  • position haute ou basse
  • but recherché dans chaque mouvement 5)
  • cri qui libère l’énergie
  • position correcte
  • vigilance de l’esprit 6)

 

Notes personnel :

1) L’étymologie ou l’esprit du kata aide à le comprendre, à s’adapter à lui.

2) Le rythme variable et adapté (le lièvre survit dans son monde sauvage et intrépide grâce à son changement de rythme et de direction).

3a) La force, la détente ou le kimé profond ou rapide (pour que ça parte du hara, le garder sous tension).

3b) L’angle adapté au but (son équilibre et le déséquilibre d’autrui, force contre force ou tangente).

4) La respiration sous contrôle (quand respirer comment ?, pas dans la gorge, mais dans le hara, profonde ou courte, en expiration ou en inspiration).

5) Penser à ce que l’on fait (c’est aussi le bunkai).

6a) La rigueur dans tout, copier scrupuleusement, sans divergence

6b) Le regard précède, le regard large, ne fixant rien et toujours bas (voir tout, sans dévoiler, ni craindre).

 

Nombre de kata :

Connaître de nombreux katas fait toujours bonnes sensations vis-à-vis d’autrui
(égo ++).

C’est aussi bien au niveau technique, car chaque kata à des particularités et des passages techniquement difficiles qui ne se trouvent pas ailleurs (raison + noble). Apprendre des katas pour connaître des passages techniques intéressant c’est bien.

Le manque de reconnaissance (en tant que karatéka) et mon désire d’augmenter le nombre de techniques m’a fait débuter cette quête. Durant 2,5 ans, je n’ai travaillé que les katas dit supérieurs et ceux dit de Maître (les autres me paraissaient trop simples), j’en ai appris de nouveaux avec un assez bon rythme (en réalité, 1 nouveau chaque 2 mois (avec un travail quotidien et assidu)).

Tout ceci fait qu’aujourd’hui, je « connais » de nombreux kata : 3 Taikyoku, Ten no kata omote shodan, 5 Heian, Tekki shodan, 2 Bassai, 2 Kanku, Chinte, Enpi, Gangaku, Nijushiho, Hangetsu, Sochin, 2 Gojushiho, Jiin, Jion, Jitte, Wankan.

Je m’étais même aussi préparé pour apprendre Meikyo et Unsu, quant un jour, en réfléchissant, je me suis posé quelques questions :

·    Est-ce que je prends le bon chemin ?

·   Est-ce que je ne survole pas trop les katas (dû au nombre important et à la jeunesse de ses découvertes) ?

·     Que veulent dire les Sensei de renom en disant pas plus d’un kata par an !?

 Avec beaucoup de courage, j’ai retravaillé les 5 Heian et Taikyoku, Je les ai approfondis et recommencer à les découvrir. J’ai un peu ouvert les yeux et trouvé un autre sens au mot kata.

Depuis, mon avis est le suivant :

·    S’il est nécessaire de flatter son égo de temps en temps, le faire pour garder la motivation (pour le reste, je ne vois pas d’intérêt personnel).

·    Garder en vue tous les katas pour ne pas oublier ceux qu’on a appris (garder la richesse des différentes techniques).

·    Mettre l’accent sur 1, 2 ou 3 katas durant une longue période (pour passer de la découverte à l’approfondissement et qui sait, peut-être un jour à l’intégration).

·     Changer de temps en temps le kata que l’on approfondi.

·   Les katas de « Maître » ne sont pas ceux qui m’ont le plus apportés (jusqu’à aujourd’hui).

 

Conclusion :

 En décidant de mes entraînements, j’ai la chance de pouvoir choisir l’orientation de ceux-ci par rapport à mon état psychologique et physique du moment.

J’ai l’impression que c’est toujours profitable de toujours s’adapter à soi-même (beaucoup d’avantages en plus de celui de la motivation).

Exemples :

·     Faire le vide lorsque l’esprit est trop occupé (pas de bunkai)

·     travailler en détente lors de courbature

·     lentement et respiratoire lors de fatigue accrue ou blessure

·     les bunkai le matin lorsque l’esprit clair

Dans ce paragraphe je veux dire qu’il vaut mieux s’entraîner de manière intelligente plutôt que d’être inactif, inefficace ou de s’abîmer.

Pour forger son mental ou sa résistance, la méthode de travail serait différente de celle évoquée dans ci-dessus.

 En travaillant uniquement les katas, j’aurais pu m’imaginer que je sente des manques ou des lacunes, mais il n’en est rien (si c’était le cas, je n’en suis simplement pas conscient).

Cette impression que j’ai, pourrait peut-être montrer que la façon de pratiquer un kata peut se suffire, se compléter à elle seule.

 Ne pas s’étendre !

1 kata en 1 an, le travailler de manière approfondie, variée et perpétuelle.

Pour y arriver, il faudra s’entêter, persévérer, approfondir, se remettre en cause, rechercher sous différents angles, ressortir tout ce qu’on a au fond de ses tripes ou hara, pratiquer de nombreuses heures, faire le vide pour ouvrir l’esprit à de nouvelles découvertes et repousser la limite de ce qu’on peut attendre d’un kata.

 Comme le dit si bien Bernard : -C’est bien d’écrire, mais c’est mieux de s’entraîner !

Alors cet article s’arrêtera là.  

Cédric


Comment optimiser sa progression : (Mai 2010)

 Introduction :

Pour ceux qui se démotivent face à la non-réussite, pour ceux qui ne se voient pas progresser, ou n’arrivent pas à progresser, pour ceux qui se disent je devrais, mais je n’y arrive pas. Une partie des solutions se trouve à mon sens dans la motivation, le suivi et la rigueur. En ce sens, ces quelques « outils » ou « méthodes », aideront à accomplir, réussir ce qui nous motive et nous aide à continuer, à avancer.

 

Management By Objectifs (MBO) :

Ce terme « barbare » veut simplement dire que nos activités devraient toujours être définies par des objectifs à atteindre.

Ainsi :

  • On n’avance pas pour avancer, mais pour un résultat.
  • On ne combat pas pour combattre, mais pour vaincre.

Ce résultat en tête nous guide, nous « oblige » à faire ce qu’il faut pour y arriver, nous rappelle ce qui reste à accomplir ou à savoir.

Avec ceci en tête, on en tiendra compte dans la plus primitive et simple de nos actions.

  • En sachant où l’on va, on est «+ » sûr d’y arriver !
  • En connaissant sa destination, on peut choisir son chemin !

 

Expérience « Gros cailloux » :

Prenez un seau et remplissez-le de gros cailloux jusqu’à ras bord.
Prenez ensuite du gravier et remplissez le seau jusqu’à ras bord.
Prenez ensuite du sable et remplissez le seau jusqu’à ras bord.
Prenez ensuite de l’eau et remplissez le seau jusqu’à ras bord.

A chaque étape on croit que le seau est plein, mais on arrive encore à le remplir (jusqu’à l’ajout de l’eau).

Dans la vie, les gros cailloux sont ce qui est important (santé, famille, ami(s), rêve(s)). Les graviers sont les tâches quotidiennes obligatoires (travail, dormir, manger,..). Le sable représente les peccadilles de la vie.

  • En commençant par le sable, il n’y aurait eu de place ni pour les gros cailloux, ni pour le gravier.

o       Si l’on ne prend pas garde, il y a souvent trop de sable dans le seau de la journée.

 

Aspect temporel dans un objectif :

En 1er lieu, un objectif long terme et personnel est fixé (je veux arriver où dans ma vie ? à être qui ? à savoir faire quoi ?). Par rapport à cet objectif, un autre est fixé un peu plus court terme, =>annuel, ensuite des objectifs mensuel et hebdomadaire et enfin quotidien sont définis.

·        Si l’on commençait par les objectifs « court terme », ou si l’on ne pense qu’au court terme (jour), une semaine après, un mois après, un an après, on se rendrait compte qu’on n’a peut-être pas fait ce qu’il fallait pour le futur (le passé ne se change jamais, mais le présent avec la vision du futur est plus gratifiant (a posteriori)).

o       Pour réussir un objectif à plus long terme, il faut avoir au moins un objectif à plus court terme en corrélation avec lui.

·        Pour ne pas se laisser bouffer par le temps, l’expérience « gros cailloux » montre que fixer des objectifs pour ce qui est important et les tenir en priorité est primordial.

 ·        En pratique, pour ma part, j’ai 2 (-3) temps d’objectifs : (long terme,) année, semaine :

o       Les objectifs hebdomadaires :

§         Ils doivent aussi me permettre d’atteindre les objectifs annuels.

§         J’ajoute des éléments séparés qui me tiennent à cœur pour la semaine et qui n’ont parfois rien à voir avec le plus long terme.

o       Les objectifs quotidiens ne me sont pas nécessaires, ils sont implicites :

§         ça suit obligatoirement les objectifs hebdomadaires et de ce fait annuels.

 

Un objectif idéal devrait comprendre les éléments suivants SMART(E) :

Spécifique     (le cadre est défini et doit représenter quelque chose de concret)

Mesurable    (je dois pouvoir remarquer qu’il est atteint (avant « non », après « oui »))

Acceptable   (tout mon être doit être d’accord avec lui)

Réaliste          (je dois « savoir » que je peux y arriver (en réussir un motive))

Temporel      (avec une date de fin, on maîtrise le temps ou c’est lui qui nous maîtrise)

Ethique           (doit respecter l’éthique de sa vie)

 

Remarque :

·        Dès que l’objectif entre dans le complexe (sentiment, impression, ressenti), il est très difficile de mesurer le résultat.

·        Mieux vaut un objectif simple et le réussir qu’un trop « hors de portée » et ne jamais l’atteindre.

o       Après l’avoir accompli, on est motivé, et content, et on s’en commande d’autres.

o       Ne pas craindre d’avancer trop lentement, mais craindre de s’arrêter !

·        L’objectif : « Je veux devenir un « maître » en travaillant 5 minutes par semaine » ne satisfait aucun point du SMART.

o       Spécifique : le mot « Maître » veut dire quoi (en pratique) ?

o       Mesurable : comment savoir si j’en deviens un ?

o       Acceptable : en disant 5 minutes par semaine, suis-je vraiment décidé à y parvenir ?

o       Réaliste : l’investissement par rapport au résultat attendu n’est-il pas aberrant ?

o       Temporel : sans notion de temps, peut-on y arriver ?

Si ce n’est ni S ni M, c’est qu’il faut encore décortiquer, simplifier (ex : si l’on veut « être au sommet d’une montagne », le garder comme objectif, mais il faut s’en donner d’autres par étapes (voir « technique du salami » de l’article précédent)).

·        L’objectif : « je dois améliorer le kime de mon oi-zuki, car mon poing n’est pas encore toujours « fixe » à la fin. Je me donne 1 mois »  » satisfait SMART.

o       Spécifique : la contraction du oi-zuki est précise et concrète (représentatif).

o       Mesurable : le résultat attendu est « visuellement » visible.

o       Acceptable : c’est en accord avec ce qu’on peut attendre d’un karateka.

o       Réaliste : je me sens apte à y arriver.

o       Temporel : je me laisse du temps pour y arriver mais pas trop.

Chaque fois que je me pencherai sur un élément, je ferai des tests, je tenterai de cerner mon problème et les moyens d’y parvenir. Je contrôlerai régulièrement où j’en suis, quel travail il me reste à accomplir, dans combien de temps j’estime pouvoir y arriver et le temps qu’il me reste. Je me donnerai les moyens d’y arriver (si au dojo, je ne fais pas assez de tests, drill dans la façon qui me convient, j’entraînerai ceci aussi en dehors du dojo). Quand j’atteindrai mon objectif, je serai content, fier et motivé à me donner d’autres « challenges ».

 

La rigueur et le suivi pour tenir un objectif : les 3 C

Après avoir dit où l’on veut aller, s’être fixé des objectifs SMART(E), il faut les suivre :

(De belles paroles ne valent rien si l’on n’est pas capable de les assumer, de les tenir !)

·    CONTRÔLER le résultat

·    CORRIGER les objectifs en fonction

·    Se COMMANDER de nouveaux objectifs

 Remarques :

  • Prendre 5 à 10 minutes chaque fin de journée, chaque semaine pour faire le bilan ou contrôle de ses objectifs.
    • Ai-je fait ce qu’il fallait ?
    • comme il fallait ?
    • que me reste-t-il à faire pour y arriver ?
    • Atteints ou non ?
      • Si non, pourquoi ? pourquoi ? pourquoi ? pourquoi ? pourquoi ?
        • Comment est-ce que je peux faire ?

 

Les étapes selon Prochaska :

 Les objectifs SMART et les 3 C aident à permettre l’amélioration continue selon des cycles ou des spirales positives.

Voici les étapes de progression ou évolution selon « Prochaska » :

  • S’apercevoir
  • avoir l’intention
  • se préparer / chercher les solutions
  • agir
    • réussir et garder à l’esprit
    • ou échouer et réagir :

  

Conclusion :

Avec ces idées, ces réflexions permanentes et de la rigueur, je suis convaincu que certaines réponses seront amenées, mais je suis tout à fait conscient que d’autres questions se soulèvent.

On dit qu’un chercheur ne trouve pas toujours ce qu’il cherche, mais il peut parfois trouver ce qu’il ne cherchait pas !

·        si je ne trouve pas ce que je cherche, que j’y ai mis toute ma force et mon énergie, mon honneur, comment est-ce que je peux me relever de cet échec ?

o       il faut savoir se relever d’un échec, y faire face (se couper un doigt ou se faire hara-kiri ne résoudra rien).

o       Si mes objectifs sont trop « simples », je réussirai toujours tout. Mais le mental se forge avec des échecs. D’ailleurs ne dit-on pas « apprendre par l’échec » ? Ceux pour qui tout est facile, tout leur est dû, n’arriveront jamais à surmonter le moindre petit échec.

§         Pour son patron ou pour épater la galerie, le résultat est important, mais pour sa vie, le chemin l’est encore plus (à mon avis).

·        pour trouver ce qu’on ne cherche pas :

o       l’esprit devrait-il être plein « d’objectifs » ? (dans ce cas, rien ne peut rentrer)

o       l’idéal, ne serait-il pas de vider l’esprit ? (pour mieux le remplir)

o       lorsqu’il est à nouveau plein (de nouvelles choses)

§         ne faudrait-il pas à nouveau le vider (sinon rien d’autre ne peut rentrer) ?

·        la solution ne serait-elle pas de ne jamais retenir ce qui nous vient à l’esprit (le vider au fur et à mesure) ?

o       Comment vider l’esprit et en même temps, charger la tête avec tous ses objectifs ?

Tout ceci pour relativiser les avantages de la méthode des objectifs. A chacun de trouver sa voie, ses méthodes.

Je n’ai rien inventé, la seule prétention de ces quelques lignes est d’apporter quelques idées (nouvelles). Le lecteur en fera une réflexion critique, il prendra du recul, gardera ce qu’il y trouve d’intéressant, jettera le reste et peut-être qu’il intégrera au quotidien certaines idées.

Cédric


Les katas, catastrophe ou cataplasme… (Avril 2010)

 La signification des katas est souvent expliquée comme étant des combats imaginaires. Mais que se cache-t-il vraiment derrière les katas ? Pourquoi les anciens maîtres les appelaient-ils « trésors infinis » ? Sont-ils utiles ou nuisibles ? Je vais tenter d’expliquer ce que la pratique des katas peut apporter et aussi secouer le cocotier au sujet de toutes les débilités qui sont dites à ce sujet.

 Je rappelle que le mot kata signifie « forme », dans l’idée d’un moule de fonderie. Le karatéka doit se « former » aux techniques du karaté en pratiquant le karaté dans une forme contraignante. De plus, le karatéka peut entraîner et améliorer toutes sortes de qualités utiles en combat sans l’aide d’un partenaire. La pluralité des techniques et des déplacements, mais également la respiration, la symétrie, l’équilibre, la vitesse, la force, l’explosivité, la stabilité et bien sûr le mental. La pratique des katas joue un rôle essentiellement pédagogique visant à la préparation du karatéka.

 Malgré la férocité des kiaï et l’intensité d’une pratique sincère et passionnée des katas, ce n’est pas du combat. Le 18ème kyukun nous rappelle que le combat réel est différent du kata. Un militaire qui apprend à manier son fusil et à tirer sur une cible, ne fait que s’entraîner au combat, il ne combat pas. L’entraînement des katas n’est qu’une facette de l’art du combat et ne fait pas de celui qui s’y entraîne un combattant.

 Les spécialistes en combat sont souvent médisants à l’égard des katas en disant que ces derniers sont nuisibles au combat, ou plus exactement à l’apprentissage du combat. Selon eux, le travail du kata est stéréotypé, ce qui ferait que le karatéka perdrait de sa spontanéité, qui est pourtant une faculté importante en combat. Seulement, j’en reviens à mon militaire qui s’entraîne sur une cible. S’il est vrai que les conditions qui règnent dans un stand de tir ne ressemblent en rien à celles de la guerre, il paraît pour le moins important de savoir tirer avant d’aller à la guerre.

 Comparer les katas sous l’angle du combat, ou inversement le combat sous l’angle des katas est une erreur. Cette comparaison est souvent faite par des spécialistes de l’une ou l’autre discipline. Le spécialiste ne fait que du kata ou que du combat dans le but de devenir le plus fort, voire le meilleur, dans sa discipline.

 L’erreur réside dans le fait de séparer les éléments katas et combats. Ils font tous les deux partie du karaté-do et sont des outils de développement utiles à la progression du pratiquant. La pratique des katas apporte au combat, et la pratique du combat apporte au pratiquant de katas. Il n’y a aucune dualité, mais de la complémentarité. Sous cet angle, il est parfaitement infondé de vouloir comparer ce qui, en fait, est complémentaire. Tout pratiquant de karaté-do devrait donc tout faire pour progresser en kata et en combat.

 Certains dojos n’hésitent pas à fractionner les entraînements. Un cours kata par ci, un cours combat par là... Ce faisant, les gens ne font que ce qu’ils aiment... Le club s’enrichit, les médailles pleuvent et tout le monde est content. Le karaté à la carte forme des spécialistes en appauvrissant tristement l’art martial. C’est un peu de cette façon que certains parviennent à rendre la misère séduisante...

Progresser en katas est une toute autre histoire. Au début cela peut paraître assez cool, mais cela devient vite rébarbatif. Les répétitions inlassables pèsent vite lourd sur le mental qui préfère l’éclat de la surface aux profondeurs des abysses. Si le kata a une utilité, c’est bien celle d’une recherche en profondeur. Celle-ci va de pair avec un travail de longue haleine où patience, persévérance et régularité en sont les principaux secrets.

 Toutes les autres facettes du karaté, soit technique seul ou à deux, frappe, et combat conventionnel ou libre, doivent être entraînées en parallèle. Chaque facette est un soleil pour les autres. L’entraînement de toutes les facettes est indispensable, car chaque facette apporte à l’autre et ainsi de suite. Travailler que le kata ne servirait qu’à faire un bel exercice chorégraphique.

 Le travail des katas prend du temps, il est donc difficile d’entraîner des dizaines de katas en profondeur. L’entraînement idéal serait d’apprendre les katas au dojo et de les entraîner seul afin d’apprendre à les vivre plutôt que de les imiter. Pratiquer quelques katas de plusieurs façons, est bien plus profitable que d’entraîner beaucoup de katas toujours de la même façon. En somme, il est bien plus profitable de maîtriser parfaitement un nombre restreint de katas, que de connaître superficiellement un grand nombre.

 A mes yeux la pratique des katas est donc importante. Travailler régulièrement un nombre restreint de katas permet une maîtrise qui ouvre des perspectives illimitées qui sont en phase avec les capacités du karatéka. C’est un excellent moyen d’apprendre à se connaître. J’entends en profondeur. Sa respiration, ses rythmes internes, ses blocages, ses peurs... Les katas font partie du karaté mais l’entraînement ne doit pas se limiter qu’à la pratique des katas. Le karaté do est coloré. Vouloir en extraire qu’une seule couleur, revient à passer à côté de l’arc-en-ciel !

bernard


Mars 2010

 En ce début d’année 2010, je vous propose un premier article écrit par Cédric. Ceux qui pratiquent depuis longtemps s’en souviendront peut-être. Il a été contraint à l’exil dans le canton de Fribourg… pour des raisons professionnelles et familiales.

 Cédric fût mon partenaire particulier au milieu des années 90. Les vieux chênes de Planeyse en frémissent encore !.. Maintenant Cédric s’entraîne seul et continue à être passionné par l’esprit et la pratique du karaté.

bernard

Vie moderne philosophie martiale (mars 2010)

 Je vis en Suisse dans un monde moderne et civilisé !
J’entends quoi par là ?

  • Pas de bagarre de rue (pas d’agression physique)
  • Pas besoin de force, ni d’armes, ni de se défendre, pour survivre ou vivre.

 

La durée/périodicité des entraînements pour devenir et rester efficace :

Comment avoir une pensée martiale alors que notre monde est dénué d’ « agression (physique) ».

Comment être performant lorsque la durée/périodicité des entraînements est très faible (sur environ 120 heures éveillées par semaine, un karateka moyen (comme moi) vit moins de 5 heures de pratique par semaine. Comment s’améliorer, développer, endurcir sa « technique » et son « caractère ») ?

  • Qui d’entre nous irait se faire opérer par un chirurgien qui n’opère qu’une fois par semaine ?
  • C’est prouvé que la rentabilité est fortement liée à la durée et à la répétitivité.

  

L’immersion totale pour être efficace.

Après s’être occupé des obligations (professionnelles, économiques, familiales et sociales) et des besoins primaires (manger, dormir, ..), il ne reste en principe plus beaucoup de temps.

  • Comment augmenter le temps de pratique du karaté sans tout chambouler ?
  • Comment l’art martial améliore la « vraie » vie et comment la « vraie » vie améliore l’art martial ?

  

La motivation pour l’apprentissage du Karaté martial :

Que chaque karateka apprend/pratique le karaté sportif, c’est logique (dans ce monde moderne et civilisé), mais pourquoi avoir envie d’aller plus loin et de pratiquer l’art martial ?

 

Mon début de solution :

De mon côté, je pense avoir trouvé un chemin qui me motive à pratiquer le karaté et me fait vivre plus l’art martial (hors pratique active du karaté (donc en plus des X heures de pratique « active » par semaine).

Dans ce qui suit, je tente de démontrer qu’à chaque moment de la vie, la pensée martiale aide et que pratiquer l’art martial aide dans la vie (la pratique du karaté m’aide dans la vie et la vie m’aide pour la pratique du karaté).

Si tel est le cas, je trouve un sens à toutes les activités et donc deviens plus motivé pour pratiquer le karaté.

On peut vivre, expérimenter, chercher dans une activité et appliquer dans l’autre et vice- versa.

  

Toujours garder le self contrôle, son sang froid (l’esprit reste au centre) :

La rage amène une grande efficacité, mais pas à l’efficience (pas à agir juste). L’esprit clair permet plus facilement d’arriver à nos fins. La maîtrise de soi permet d’utiliser l’environnement, toutes les forces de son être et celles de l’entourage pour arriver à ses fins. Ceci est évidemment valable en combat et dans la vie de tous les jours.

  

Être prêt à tout en tout temps (être ouvert, attentif et non concentré !) :

Si l’on est concentré sur un travail (planning, discours, programme), la moindre perturbation extérieure nous déconcentrera, nous fera perdre le fil. Pour ceux qui ont un fort pouvoir de concentration, ils ne verront pas les stimulis extérieurs qui montreraient une faille d’autrui ou de soi-même (mon interlocuteur ne comprend pas ou s’ennuie ; sa garde est toujours ouverte si je fais ça ; si je suis comme ceci, je l’intimide et il perd ses moyens, …).

Être ouvert veut aussi dire ressentir, s’imprégner de ses émotions, de son subconscient, de l’environnement, des émotions d’autrui. De cet état, on percevra mieux les actions à entreprendre. 

Je parle aussi du subconscient, car il arrive qu’une pensée totalement fortuite me vienne à l’esprit et je sais que je dois en tenir compte, comme un appel à agir. Il semble que c’était très difficile de suivre Me Ueshiba lors de ses déplacements, car il changeait de chemin sans cesse (ses intuitions devaient guider son chemin).

Donc il faut rester zen en tout temps. D’ailleurs, un maître zen a écrit qu’il n’a pas besoin de se préparer pour donner une conférence ou tenir un discours. Il a juste besoin d’être présent et le reste suit.

Être attentif à ses forces et ses faiblesses permet de les connaître, de mettre en avant ses forces et réduire/corriger ses faiblesses. Être ouvert permet de ne pas tricher avec soi-même, de rester vrai. Ainsi on croira en soi et en s’ouvrant aux autres, les autres croiront en nous et ainsi notre chemin, notre place sera tracée et justifiée.

 

Savoir encaisser, réagir ou agir :

a)     Encaisser : Les stimuli négatifs que l’on reçoit devraient avoir le même effet qu’une goutte d’eau tombant dans l’eau (petit bruit, légères vagues et ensuite plus rien) ou comme le oi-zsuki dans la paillasse (cette dernière remarque me vaudra certainement un test de mon sensei Bernard (on va dire que j’y suis préparé)). Parfois, les remarques désobligeantes ne doivent même pas être entendues.

b)  Action égal réaction : tout changement de l’environnement mérite une adaptation personnelle (le roseau et le chêne). Il n’y a pas un jour qui ressemble au précédent, l’évolution est permanente. Alors, autant réagir aux changements.

c)      Agir avant (sen no sen) : sentir, prévoir et anticiper les actions telles qu’il n’y a plus rien à en dire ou à ajouter et de ce fait, c’est fini avant de commencer.

Avez-vous remarqué que le titre est à l’envers ? D’abord agissons pour le futur en étant proactif, réagissons à tout ce que l’on n’a pas pu anticiper et sachons encaisser ce qui nous a dépassé (il y a toujours quelque chose  / quelqu’un qui nous dépasse).

 

Ne jamais « essayer » mais toujours faire ou ne pas faire :

Il ne devrait exister que 2 états la non-action et l’action. A la fin de l’action, il y a uniquement la réussite. Celui qui essaie n’est pas convaincu de ce qu’il fait, n’est pas entier, ne s’investit pas. Si mon chef me donne une « mission impossible » et que j’essaie, j’ai moins ou pas de chance d’y arriver (je laisse de côté l’ego vis-à-vis de mon chef, car c’est du paraître et le paraître n’a pas d’importance face à l’être). Si je devais être un jour confronté à la mort, je ne ferais pas qu’essayer.

 

 Agir quand ça sert, se soucier quand c’est utile, ou vivre pleinement le moment présent :

Être à son affaire, c’est s’imprégner de « tout » à chaque moment. Pour faire mieux, pour profiter des avantages de ce qu’on fait. C’est même possible de faire une découverte inattendue (« chercheur »).

 Si je pense au week-end pendant mon travail, je ne ferai pas bien mon travail, je devrai peut-être le recommencer, je perdrai du temps, j’y arriverai peut-être même jamais et ne pourrai peut-être jamais partir en week-end. J’aurai ainsi tout « perdu ».

 Si je réfléchis à un problème pendant un combat, j’ai aucune chance de le réussir et en plus, je ne trouverai pas la solution à mon problème.

Prévoir un moment pour nos soucis et penser qu’aux soucis (les uns après les autres).

Chaque action doit débuter au bon moment pour trouver une réussite maximum (au final).

Si je reçois 2 tâches importantes au même moment, je vais agir dans un ordre qui me permet de les réussir toutes les 2. Pareil si je combats contre 2 adversaires (je dois m’occuper du plus dangereux en premier. (Le plus dangereux n’est pas le même à chaque instant).

 

Think simple and stupide (straight) :

Tout ramener à l’essentiel, car la base est à la base de l’efficacité !  Pour moi, les enchaînements, techniques évolués / compliqués ouvrent l’esprit, améliorent la maîtrise de l’ «outil » et sont de ce fait extrêmement importants pour l’entraînement, mais les chichis tuent l’efficacité. Pas de mouvement de respiration inutile, pas d’effort inutile, s’économiser pour donner ce qu’il faut (tout) quand il faut, où il faut et comme il faut pour le résultat attendu.

  

Ce que j’ai appris de Sensei Piacun :

J’ai souvent pensé que ce qu’il nous montrait était trop facile, simple. J’avais envie d’apprendre des enchaînements compliqués à maîtriser (car plus c’est compliqué, plus c’est impressionnant, plus on aura l’impression de progresser et ça flatte l’ego. J’ai été même lassé des entraînements du mois. Maintenant, grâce à Sensei Piacun, j’ai compris que simplicité égal efficacité, que travailler la simplicité longtemps développe le mental (en faisant tekki shodan durant 1 heure sans « s’endormir », ça développe la créativité, la recherche de la simplicité, du sentiment profond de chaque mouvement, technique, la recherche de bunkai,..).

 La comptabilité et la finance sont souvent mystifiées par des « prophètes » pour faire croire que c’est compliqué, mais ce ne sont que de simples chiffres liés par des opérations simples. La crise boursière est un exemple type de la simple loi de l’univers (si quelqu’un gagne, c’est qu’un autre perd), mais comme « personne » perdait, la correction a remis les choses en place (c’est ma vision brute et simpliste).

On dit aussi qu’un dessin remplace mille mots. Un dessin à main levée est plus vite fait que sur CorelDraw. Savoir utiliser un ordinateur est « indispensable » dans ce monde moderne, mais il ne faut jamais oublier que l’utilisation du crayon est simple et rapide.

 

Technique du salami :

Comme le salami est trop grand pour être mangé en une bouchée, tout le monde sait qu’il faut le découper en rondelle, pour manger chaque rondelle une après l’autre.

Quand un problème nous paraît insurmontable, trop compliqué, en le décortiquant, on s’aperçoit que c’est une suite de petits problèmes tout à fait résolubles.

 Si l’on veut gravir une montagne, il ne faut jamais perdre de vue le sommet de la montagne et marcher n’est rien d’autre que de faire un pas après l’autre.

 Personnellement, j’ai ainsi réussi à compléter mon éventail de katas de maître l’un après l’autre, technique après technique, morceau après morceau, jour après jour. Ainsi avec de la rigueur, du courage et de la persévérance, on y voit de plus en plus clair.

 

Conclusion :

Premièrement, j’espère que ces quelques lignes ne vous ont pas ennuyés et que je ne vous ai pas laissé l’impression ni d’être prétentieux, ni d’être un surhomme.

 Concernant le sujet, pour ma part, je m’efforce de garder toujours à l’idée ces quelques principes fondamentaux pour la motivation, la performance, le plaisir, la complémentarité et surtout l’unité de ce que j’entreprends et j’ai l’impression de progresser globalement.

Si je devais en retenir une parmi les autres, je dirais :

 « Pratiquer le karaté comme dans la vie et vivre comme un karatéka ».

 Je tiens à remercier mon Sensei Bernard à qui je dois beaucoup. Les 1ères impulsions m’ont été données, elles m’ont permis de suivre mon chemin, d’arriver là où je suis et de « savoir » où je dois aller (étant un « électron » libre depuis quelques années, c’est d’autant plus important).

 Je vous encourage à songer aussi à ces thèmes.

 Cédric